Interdisciplinarités en sciences sociales de la santé: regards québécois

À l’occasion de la semaine Santé et société organisée à l’UQÀM, le réseau Québec sciences sociales et santé (Q3S: www.q3s.ca) organisait une matinée d’échange sur le thème de l’interdisciplinarité. Près d’une trentaine de personnes ont pris part à cette activité ! La demi-journée s’est organisée autour de deux tables rondes, avec des présentations suivies d’échanges avec le public.

Participer

La première table s’intitulait « Participer, faire participer, autour des partenariats entre chercheurs et acteurs de la santé ». Joanne Otis, professeure au département de sexologie de l’UQÀM a ouvert la discussion à partir de sa riche expérience de recherche communautaire dans le domaine du VIH/sida au Québec. Présentant un modèle de partenariat et de co-production des connaissances, elle a insisté sur certaines des conditions indispensables au fait de « travailler avec » : la confiance, le respect et la négociation du rôle de chacun. Elle s’est enfin interrogée sur les risques d’instrumentalisation de la recherche communautaire, notamment par la santé publique.

Dans un deuxième temps, Pierre Minn, professeur en anthropologie à l’Université de Montréal, a partagé son expérience d’anthropologue impliqué dans des projets de recherche en Haïti. Dans ses recherches actuelles, il s’intéresse à la manière dont les cliniciens et les chercheurs haïtiens établissent des priorités de recherche dans leur propre pays. Dans un contexte où l’aide internationale surdétermine les possibilités de financement, son travail documente les rapports de pouvoir à l’œuvre dans la sélection des objets de recherche légitimes.

Enfin, Elhadji Mbaye, post-doctorant à Concordia, s’est attaché à porter un regard critique sur l’implication politique des chercheurs en sciences sociales. S’agit-il de changer le monde ou de le comprendre ? Et quel est l’éventail de positions possibles dans cet intervalle épistémologique ? Autant de questions ouvertes par Elhadji durant son intervention. Chacune à leur manière, ces interventions ont souligné les enjeux de pouvoir qui traversent la recherche en sciences sociales de la santé. En se situant dans leurs différents terrains d’enquête, les trois intervenant-e-s ont également analysé l’importance d’une lecture historique des formes de partenariats entre universitaires et acteurs de la santé.

Mettre en perspective

La seconde table ronde, « Mettre en perspective, critiquer : l’apport des sciences sociales autour des enjeux de santé », a mis au jour une palette des formes de critique dans nos disciplines. La première intervenante, Johanne Collin, professeure de sociologie à l’UdeM et directrice du Méos, s’est attachée à mettre en perspective les concepts de médicalisation et de pharmaceuticalisation. Retraçant l’inscription historique de ces concepts dans les théories de sciences sociales, elle a à juste titre mis en lumière la diversité de leurs usages critiques.

Puis, Stéphanie Lloyd a présenté une recherche empirique, à partir des recherches menées à l’institut Douglas sur le suicide. Elle a montré comment l’épigénétique est devenue, progressivement, une discipline clé de compréhension du phénomène malgré, et sans doute grâce, aux « concepts flous » sur lesquels elle s’appuie. Dans ce contexte, les sciences sociales qui étudient la science « en train de se faire » nous donnent à voir comment se fabrique l’objectivité scientifique dans la plasticité du biologique.

Enfin, Alexandre Klein, post-doctorant à l’Université d’Ottawa, nous a livré une lecture historique fine de l’évolution du concept de santé dans les sciences sociales. Il s’est notamment interrogé sur la capacité des sciences sociales à proposer un regard critique et réflexif sur la santé, tant les critères d’objectivité scientifique restent définis à travers une hiérarchie entre « sciences dures » et « sciences molles ». Ces trois interventions ont permis d’ouvrir des pistes de discussion passionnantes, en particulier sur le statut (et l’utilité critique) de la connaissance en sciences sociales de la santé.

Suites

Cette demi-journée a été un succès, grâce aux interventions et à la participation du public ! Elle a posé les premières balises d’une réflexion de longue haleine qui se poursuivra au sein de Québec 3S (www.q3s.ca). À commencer par le colloque organisé par le réseau Les réformes des systèmes de santé entre discours, preuves et pratiques. Approches multidisciplinaires et empiriques, dans le cadre du congrès de l’ACFAS 2015 qui se tiendra à Rimouski le 26 mai 2015.

Gabriel Girard et Pierre-Marie David

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